- janvier
- 6
- 2009
Fin de la pub sur France Télévisions: et alors ?

Je ne comprend pas l’analyse prétendument fine faite partout, selon quoi la fin de la publicité sur France Télévision arrangerait TF1 qui “récupererait” le marché de la publicité tout comme un boulanger récupererait le chiffre d’affaire de la boulangerie d’en face qui aurait fermé. Même le Canard Enchaîné n’a pas vu bien plus loin que le bout de son nez dans l’affaire.
Le marché de la publicité ne fonctionne pas comme celà. Ce qui interesse les annonceurs, c’est l’audience touchée, et non le monopole partiel ou total sur la pub. La régie publicitaire de TF1 est payée en fonction de la quantité et de la qualité du public touché à telle heure de diffusion des programmes. Si à 21h TF1 a 20% de part de marché elle sera payée en fonction de ces 20%, et que la chaîne en face ne fasse pas de pub ne change rien. Illustrons le raisonnement par l’absurde: imaginons que j’édite un site web avec une audience modeste de 5000 visiteurs par mois. Un beau jour, je me retrouve à être le seul site à faire de la publicité que Internet ? Est-ce qu’on va me donner les milliards dépensés en pub chaque jour sur le net ? Bien sûr que non. On s’est imaginé “lever le complot” en notant le bond de l’action TF1 en bourse après l’annonce de la suppression de la publicité. Simple mouvement moutonnier et spéculatif de la bourse, un de plus. Le lendemain, l’action perdait 4,5%. Prise de bénéfice ? En tout cas pas une confiance aveugle en un avenir radieux: l’action allait jouer au yoyo pendant 15 jours en perdant 7% en tou avant d’entamer un yoyo plus volatil mais haussier tout de même (comme tout le monde) puis se péter la figure durant le krach (comme tout le monde). Deux mois après, TF1 réalise que son tunnel de pub en prime time risque de souffrir et réclame des compensations.
Si complot il y a, il ne s’arrête pas à la suppression de la pub sur le service public. Même si celà ne rapporte pas plus de pognon, celà ne peut pas faire de mal dans un un premier temps, et coupe les jambes de la télévision publique tout en le rendant bien plus vulnérable aux pressions d’un exécutif ami. Mais pour en tirer un réél bénéfice et ne pas souffrir à moyen terme d’un concurrent qui n’inflige pas à ses téléspectateurs de la pub à tout bout de champ, ce qu’il est impératif de faire c’est d’empêcher son financement pérenne, diminuer son périmètre, et le confiner dans des niches et des audiences élitistes façon Arte. C’est la que la bataille a lieu et que le lobbying sera féroce. TF1 s’adresse maintenant directement à la commission européenne, mais fait moins la pluie et le beau temps à Bruxelles qu’à Paris. De toute façons, TF1 a ses heures de gloire décervelantes derrière elle, c’est ineluctable. Il s’agit dorénavant de préserver le plus d’années possible de bénéfices avant la déchéance.
Mais pour l’heure, ne boudons pas notre plaisir, la télé publique qui ne nous fait pas avaler bagnoles, parfums et lessives tous les 1/4 d’heure, c’est bien.
Quant à la reflexion sur l’avenir de l’audiovisuel public, il serait à mon avis plus interessant de réflechir à son status dans son ensemble et étudier ce qui se fait ailleurs avec succès.






